de gilles » 18 Oct 2011 18
La plupart des récits rapportés dans les livres de hadith sont transmis seulement par Hisham ibn ` Urwah, qui faisait éloge de l'autorité de son père. C’est un hadith non concordant (non moutawatir), il est seulement issu d’une chaîne unique (Ahad) ce qui ne le met pas hors de doute.
Il est étrange que personne de Médine où Hisham ibn ` Urwah a vécu les 71 premières années de sa vie n'ait relaté l'événement, malgré le fait que parmi ses élèves de Médine, le bien respecté Malik ibn Anas. Les origines des récits de cet événement sont les gens de l'Irak, où l’on annonce que Hisham a beaucoup changé après son déménagement de Médine vers l’Irak.
il n'y a absolument aucune raison d'accepter le récit de Hisham ibn ` Urwah quand d'autres savants, y compris Malik ibn Anas, considèrent que ses récits comme incertains et non fiables après son immigration en Irak.
le Prophète SBSL aurait soit disant consommé le mariage alors que Aïcha aurait eu 9 ans. On trouve en effet le hadîth suivant dans les nombreuses traductions en français du Sahîh de Al Bukhârî, les données litigieuses sont soulignées :
"Le Prophète écrivit le contrat de mariage de Aïcha alors qu’elle avait six ans. Il consomma le mariage alors qu’elle en avait neuf. Elle demeura auprès de lui durant neuf années"
Il s’agit là d’une erreur de traduction manifeste, nous allons le démontrer. En effet, tel quel, ce "hadîth" n’existe pas. En voici le texte original, il rapporte indirectement des propos de Aïcha. C’est-à-dire qu’alors même que la chaîne de transmission se termine par : "d’après Aïcha" (’an ’âïcha) le propos est en mode narratif indirect. Il s’agit d’une anomalie qui techniquement en fait un équivalent de hadîth mursal. Du point de vue de la scrupuleuse science du hadîth cela suffirait à invalider la classification du dit hadîth. Passons outre, en voici le texte arabe :
عن عائشة رضي الله عنها
أن النبي صلى الله عليه وسلم تزوجها وهي بنت ست سنين وأدخلت عليه وهي بنت تسع ومكثت عنده تسعا.
La traduction exacte en est la suivante : D’après Aïcha : Le Prophète* l’épousa alors qu’elle avait six ans. Elle habita chez lui alors qu’elle avait neuf ans. Elle demeura auprès de lui durant neuf années.
Pour ce qui est du texte, première remarque sur laquelle nous ne attarderons pas : Par quel tour de passe-passe remplace-t-on le verbe épouser –tazawwaja- par "écrire un contrat" ? Il faudra le demander à nos "légistes" et à nos traducteurs ! Cela démontre pour le moins l’influence permanente de la pensée juridique dans l’approche du Hadîth. Le Droit, comme toute spécialité spéculative, déshumanise obligatoirement son propos.
Essentiel, on aura noté la différence fondamentale entre il consomma le mariage et elle habita chez lui. Le texte original emploi le verbe adkhala. Selon le Lisân al ’arab, la référence lexicographique, cette dérivée de forme IV de dakhala (entrer) signifie "faire entrer ", au passif et suivi de ’alayhi il signifie" être introduit chez lui" et ne peut se comprendre qu’ainsi. Seule la forme I dakhala suivie de la préposition ilâ peut signifier avoir des rapports sexuels, ce n’est indubitablement pas le cas en ce propos. Donc, étymologiquement, grammaticalement et selon l’usage de la langue arabe on ne peut que le comprendre ainsi : "elle quitta le domicile de son père Abû Bakr pour celui du Prophète". Comprendre ou traduire cela par le fait qu’ils consommèrent le mariage à ce moment là est une lecture totalement impropre.
Le préjugé est cependant tenace, on peut le constater à la lecture de la deuxième version donnée par Al Bukhârî. Lors de la transmission du hadîth un des rapporteurs à remplacé le verbe adkhala par le verbe banâ qui, suivi de la préposition bi, signifie habiter chez mais aussi, par euphémisme métonymique, peut vouloir dire "consommer le mariage". Il n’y a pas là de hasard mais une nette intention (consciente ou inconsciente je n’en jugerais pas) d’influencer le sens du hadîth par une telle permutation de termes. Le même phénomène se retrouve dans une des deux versions rapportées par Muslim. Dans la première, outre l’âge de 7 ans au lieu de 6, on retrouve le verbe banâ. En la seconde variante, on note l’emploi du verbe zaffa en lieu et place de adkhala. Zaffa signifie conduire la marié à la maison de son époux et nullement consommer le mariage.
Au total , quand bien même l’on prendrait en compte la conjonction de ces trois verbes, en réalité ces variantes démontrent l’imprécision de notre "hadîth", l’on ne pourrait en conclure que le mariage fut consommé au moment où Aïcha intégra le domicile de son époux, c'est également pour cette raison que l'age de la consommation du mariage est aussi incertaine chez les savants 12 ans, 14 ans, 17 ans, 18 ans.